Pour l’Amérique – Max Horkheimer

À celleux qui dénoncent l’action malfaisante de Trump et le racisme, la violence et l’autoritarisme de la société américaine sans jamais s’attarder sur l’écrasement du soulèvement syrien, la répression politique au Vénézuela, la persécution des LGBT par le régime tchétchène, les velléités impérialistes iraniennes ou encore les camps de concentration pour Ouïgours en Chine.

Celui qui à l’Ouest, y compris aux États-Unis, condamne non pas la guerre du Vietnam mais – à cause d’elle et d’autres évènements douloureux, cruels, troubles raciaux par exemple – les États-Unis eux-mêmes comme pires que n’importe qu’elle autre nation, celui-là se contredit. Qu’il ait le droit de s’exprimer sans aller croupir en prison ou se faire torturer à mort, il le doit à l’existence et à l’affirmation de ces derniers : sans eux le monde serait déjà partagé entre des Hitler orientaux et occidentaux. Il peut bien vouloir la société meilleure, la société vraie, sa critique de celle qui doit inclure néanmoins la fidélité à la liberté qu’il s’agit de préserver et de développer, si la violence qu’il accuse ne doit pas devenir le sens, étranger à lui-même, de son propre discours.

Publié initialement dans Horkheimer Max, Notes critiques (1949-1969), Payot, 2009, p.286.

Traduit de l’allemand par Sabine Cornille et Philippe Ivernel

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Max Horkheimer (1895-1973) est un philosophe et sociologue allemand. Il fut le directeur de l'Institut de Recherche sociale , à l'origine de l’École de Francfort, de 1930 à 1969, et un des fondateurs de la théorie critique. Il a notamment écrit Théorie traditionnelle et théorie critique (1937) et Dialectique de la raison (avec Theodor W. Adorno en 1944).