Comprendre l’antisémitisme contemporain ou se prémunir de l’accusation d’antisémitisme ? À propos d’un colloque – Julien Tenach

Julien Tenach se propose d’analyser le traitement hégémonique de l’antisémitisme au cours du colloque  « Résurgences de l’antisémitisme : réalités, fictions, usages » organisé par l’Institut Marcel Liebman le 12 et 13 décembre 2018 à l’Université libre de Bruxelles. Il apparait que la question de l’instrumentalisation politique de l’antisémitisme visant à discréditer la gauche radicale primait sur celle de la réalité et des formes de l’antisémitisme contemporain.

Introduction

Les 12 et 13 décembre 2018 se tenait à l’Université libre de Bruxelles un colloque organisé par l’Institut Marcel Liebman intitulé : « Résurgences de l’antisémitisme : réalités, fictions, usages ».

Tout écrit sur la question d’Israël, de l’antisémitisme ou du sionisme se doit de rappeler combien ces questions sont sensibles, chargées d’affects contradictoires, de crispations. Par ce rappel, nous n’y échappons pas. Pour autant, la fidélité à l’idée d’un socialisme démocratique et internationaliste oblige à la mise à nu de certains cas de conscience, et la lutte contre l’antisémitisme en fait partie. Ce colloque ne pouvait, par conséquent, être accueilli que favorablement. Précisons d’emblée que l’opportunité d’en faire la critique est contingente, sans arrière-pensées. Autrement dit, rien d’autre ne motive ce texte qu’une réflexion sur les méthodes et soubassements d’une lutte devenue compliquée, dans une perspective sociologique. Il est apparu après coup que ce colloque témoignait de certains symptômes.

Le texte introductif1 aux deux journées fait mention des crimes récemment commis à l’encontre des juifs en France, en Belgique et aux États-Unis. Il stipule également qu’« au-delà de l’indispensable condamnation d’actes et de discours criminels », il y a un « débat autour de leur interprétation », en faisant référence à l’appel de 2018 « contre le nouvel antisémitisme »2 – autrement dit, non plus un antisémitisme de droite et occidental, mais venant supposément avant tout des populations dites « racisées » et de la gauche radicale. Nous n’évoquerons pas ce point, dont il fut finalement peu question. La question de la gauche critique fut par contre largement abordée, notamment par le biais des « affaires » Ken Loach et Jeremy Corbyn. Nous nous y attarderons.

Il est en outre précisé que « ce colloque se veut ainsi proposer une analyse critique des résurgences de l’antisémitisme aujourd’hui, par une série de communications de spécialistes belges et internationaux sur les faits, représentations et usages de l’antisémitisme dans nos sociétés contemporaines, en Europe, mais aussi hors Europe. »3

Nous voudrions, par cet article, rendre compte de quelques critiques s’appuyant sur les journées de ce colloque – sans avoir la prétention d’en faire un compte rendu exhaustif. Nous laisserons dès lors le lecteur se saisir de ce texte compris comme étant un apport a priori à l’entendement afin qu’il puisse porter son jugement. Notre objectif est de se demander avant tout comment l’antisémitisme fut abordé dans ce colloque : a-t-il fait l’objet d’un traitement spécifique, ou d’un traitement instrumental – en ouvrant sans doute plus de questions qu’en apportant de réponses ; et en prenant position.

Réflexions générales

Une possible compréhension de l’enjeu d’un colloque portant sur les « réalités, fictions, usages de l’antisémitisme » aurait pu être de s’interroger sur l’usage des processus de fictionnalisation de l’antisémitisme réellement existant. Autrement dit, le dévoilement des structures idéologiques qui sous-tendent – a priori – cette fictionnalisation, livrer des outils conceptuels pour lutter contre l’antisémitisme (c’est-à-dire, en amont, la (dé)construction de mythes et récits), des perspectives historiques, des recadrages géopolitiques, des analyses critiques visant un enrichissement mutuel. Il y eut de cela, dans telle ou telle intervention.4

Pourtant, au terme de ces journées, nous avons été amenés à compliquer cette première approche – qualifions-là de naïve. Et de rendre compte de l’orientation du colloque en termes de motivations. De fait, nous voudrions faire apparaitre une tendance plus massive du colloque, qui oscilla entre « controverses savantes et débats militants5 », et opportunités. Sur la forme, les codes de bienséance furent respectés6. Sur le fond, la déconstruction des ressorts de la résurgence de l’antisémitisme eut une place secondaire durant deux journées, l’opportunité étant de laisser place à la déconstruction des accusations d’antisémitisme – la véritable finalité du colloque (et qui n’est pas, en soi, un sujet négligeable). Nous tenterons de justifier cette projection. Émettons l’hypothèse suivante : ce qui sous-tend le débat militant d’une partie de la gauche critique et académique, c’est une compréhension de la lutte contre l’antisémitisme comme une stratégie consistant à se prémunir de l’accusation d’antisémitisme, et ce, à égalité ou aux dépens d’une lutte contre l’antisémitisme intrinsèquement liée au progrès social – une approche non plus naïve, mais spécifique ou instrumentale.

En d’autres termes, il a rapidement fallu se positionner en tant que spectateur : en face de quelle sociabilité intellectuelle sommes-nous ? Quelle tonalité ressort de deux jours de colloques aux intervenants divers et quelques fois contradictoire ? Cette sociabilité intellectuelle, prédominante sans être totale, nous a semblé d’avantage soucieuse d’alimenter une attitude défensive que de donner des outils pour la lutte.

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Plus précisément, le texte introductif du colloque annonce qu’il y a un « débat » autour des interprétations de la « haine antisémite » : nous tenterons de mettre en avant ce que ce débat révèle des tensions internes à la lutte contre l’antisémitisme. Que retirer ce de « théâtre de la discussion » ? Nous avons assisté à l’énonciation de deux faits, le premier mettant le second sous sa coupe :

– L’instrumentalisation de l’antisémitisme.

– L’antisémitisme comme réalité complexe, informe et transpolitique.

Dès lors, la « réalité, la fiction et l’usage » sont à comprendre non plus naïvement comme la réalité de l’antisémitisme, la critique de sa fictionnalisation et son usage parfois meurtrier, mais comme instrument : l’usage de l’accusation.

Concernant le second point, l’antisémitisme comme réalité, Moishe Postone7 résume les caractéristiques de l’antisémitisme moderne :

« [ce] n’est pas simplement une forme de préjugé à l’encontre d’un groupe minoritaire ; il se distingue par son caractère populiste, antihégémonique et antimondialiste. Il fournit un cadre pour interpréter un monde extrêmement complexe et historiquement dynamique, et revendique pour lui-même un pouvoir explicatif global. L’antisémitisme moderne est donc une vision du monde qui, s’appuyant sur les formes antérieures de l’antisémitisme, vise à expliquer le monde moderne, capitaliste. (…) Toutes les formes de l’antisémitisme ont en commun l’idée d’un pouvoir attribué aux Juifs : le pouvoir de tuer Dieu, de déchaîner la peste ou, plus récemment, d’engendrer le capitalisme et le socialisme. »8

Une sous-question doit à présent être posée, qui vient compléter et articuler les deux faits observés : quelle attitude devrait avoir un institut « qui a pour but de contribuer de manière générale à l’étude du mouvement socialiste et de la pensée de gauche ? [Qui] entend promouvoir une réflexion critique sur les pratiques des mouvements sociaux et un éclairage des enjeux politiques actuels par l’histoire »9, face à l’antisémitisme et face à son instrumentalisation ? Comment résoudre l’équation entre les deux faits, sans que la lutte contre l’instrumentalisation ne vienne affaiblir la lutte contre l’antisémitisme per se ? Quelle stratégie politique faut-il valoriser à gauche ?

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La difficulté rencontrée, à notre sens, vient d’un présupposé politique : l’affaire Dreyfus a tranché le débat sur l’opportunité ou non de se battre contre l’antisémitisme. Mais le colloque a moins consisté à discuter des sensibilités et acuités (individuellement ou collectivement), de la perception ou de la perte de perception de l’antisémitisme, – c’est-à-dire de l’effacement de la leçon de l’affaire Dreyfus – mais plutôt à travailler à contrecarrer l’attaque diffamante de l’accusation d’antisémitisme, et de la manière de s’en défendre. C’est bien là que se situe l’enjeu politique, et de surcroit la tension stratégique au cœur de notre critique. Il nous apparait que si l’on ne propose pas, au sein des débats, une analyse de ce qui constitue factuellement la résurgence de l’antisémitisme (titre du colloque), donc si l’on ne prend pas en en compte des faits établis et stabilisés, nous ne sommes pas dans la controverse sertie d’une méthodologie académique10 – mais dans la défense d’un entre-soi lié aux rétributions symboliques du militantisme que la forme « débat » permet d’assurer de son bon droit.

Dans notre cas, qu’est-ce qu’un fait établi et stabilisé ? Dans son ouvrage Science de la science et réflexivité, au chapitre « Histoire et vérité », Pierre Bourdieu évoque le discours scientifique et la résistance aux objections à venir de ce discours : « La connaissance scientifique est ce qui a survécu aux objections et qui peut résister aux objections à venir. L’opinion validée est celle qui est reconnue, au moins négativement, parce qu’elle ne suscite plus d’objections pertinentes ou qu’il n’y a pas de meilleure explication »11. Il ne s’agit pas, ici, de dire que l’antisémitisme est un fait scientifique (mais bien une réalité politique), mais de rappeler que l’antisémitisme s’inscrit, très souvent, dans une rhétorique qui met en doute l’épistémologie scientifique. On constate que les plus sensibles à cette confusion ne sont pas contre la science mais adhèrent à une forme dévoyée de la pensée scientifique dite « dissidente », « alternative », « antisystème »12, alimentée par la méthode hypercritique. Notons que le fait communautaire (auquel recourent si souvent les antisémites) n’est pas étranger à ces confusionnistes : par là, ils augmentent un capital symbolique visant à se singulariser dans le champ contestataire puisque valorisé au sein de communautés d’affects très présentes sur les réseaux sociaux. Cette pente confusionniste ne se limite donc pas une origine ethnique ou une classe sociale particulière.

Réflexions particulières

Tentons de plonger un peu plus profondément dans ce qui aura alimenté les discussions autour des « réalités, fictions, usages » de l’antisémitisme. Pointons à cet effet quelques sujets abordés qui appréhendèrent l’antisémitisme à travers une orientation « instrumentale » : il y a eu débat ou interventions sur l’affaire Ken Loach, sur l’usage de l’antisémitisme contre Jeremy Corbyn, sur le fait que nommer l’antisémitisme « verrouille la pensée », sur la défense de la liberté d’expression plutôt que sur les manières d’empêcher l’antisémitisme13 ou encore sur la persécution du BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) dont la démarche ouvrirait une voie alternative, pacifique, aux discours identitaires, religieux et actions violentes.

L’ « affaire » Ken Loach ou le système de défense

Rappel des faits : Le cinéaste anglais Ken Loach, à la filmographie engagée, est proche de la gauche radicale et de Jeremy Corbyn, l’actuel président du Labour. C’est aussi un militant pro-palestinien et critique de l’État d’Israël. Suite à sa promotion au titre de docteur honoris causa de l’université de l’ULB, une querelle éclata : certains soutenant que son engagement anti-sioniste était parsemé de choix et propos indéfendables ; d’autres défendant au contraire son œuvre irréprochable et un engagement sans ambiguïté pour les droits des palestiniens. Le recteur de l’université prit la défense de la remise du titre à Ken Loach, demandant néanmoins, exceptionnellement, à ce dernier de s’expliquer.

Afin de mieux expliciter ce que nous entendons par « orientation instrumentale », arrêtons-nous un instant sur la table ronde14 ayant traité de la polémique entourant l’octroi du titre de docteur honoris causa de l’ULB au cinéaste Ken Loach. L’ambition de cette discussion était de se demander, six mois après les faits, comment certains acteurs ayant été partie prenante dans le soutien ou la contestation de l’obtention de ce titre honorifique par Ken Loach voyaient cette « affaire ».

Le choix est clair : intituler la table ronde « autour de l’affaire Ken Loach » est en soi un statement, une prise de position, qui place hors champ ce qui fut à l’origine de la polémique15 – des déclarations, des soutiens, une sombre affaire de pièce de théâtre. Le cinéaste semble soutenir « la thèse qui sous-tend la pièce Perdition de son défunt ami Jim Allen : la thèse aberrante et indigne selon laquelle les « sionistes » auraient été complices de la Shoah dans le but d’assurer la fondation d’Israël. »16

Allons à l’essentiel et tenons notre fil : dans le cadre de son soutien à la cause palestinienne, le cinéaste tint des propos ambigus, problématiques au sujet des juifs et d’Israël, propos qui ont, à une certaine occasion, fait sortir de leurs gonds non seulement des institutions communautaires, mais également des militants les plus impliqués de la cause palestinienne. Est-ce un effet des crispations que nous évoquions en introduction ?

À nouveau, notre attente construite sur l’opportunité bienvenue de ce colloque et l’observation in situ provoqua une tension réflexive entre cette attente (dû à une idiosyncrasie politique, un habitus progressiste et socialiste instruit de rejet de la xénophobie), la mise en contexte, lectures, etc., et la conduite générale du colloque. Nous aurions en effet pu penser qu’un colloque réunissant autant de personnalités aussi qualifiées aurait pu prendre à bras le corps les questions autour des signifiés et des signifiants ; proposer des analyses indépendantes des agendas médiatiques et polémiques. L’analytique, la dialectique contre la position de réaction, c’est-à-dire une table ronde autour des « propos de Ken Loach » aurait pu être profitable à tous. L’idée n’étant pas de faire s’affronter les uns et les autres sur des bouts de phrases, mais bien de prendre le « cas » Ken Loach – et non l’« affaire » – comme « cas limite », à interroger, du militantisme et de ses implications en matière de constructions idéologiques et philosophiques. Cette table ronde fut un exemple de ce que nous évoquions dans nos réflexions générales, c’est-à-dire une discussion autour de la disculpation de l’accusation d’antisémitisme. Pourtant, entre « circulez, y a rien à voir » et un « antisémitisme patenté », se déploie toute un gamme d’analyses possibles.

La défense de la liberté d’expression : une priorité dans la lutte contre l’antisémitisme ?

En lien avec les propos polémiques de Ken Loach se trouve la question de la liberté d’expression. En effet, dans une intervention à la BBC quelque peu improvisée, le cinéaste se retrouve à divaguer sur la question d’Israël et de l’Holocauste ainsi que sur la pertinence du fait qu’en matière d’histoire, « on peut discuter de tout »17. Dans un propos elliptique, Loach passe du refus à tenir un propos clair sur le génocide au droit de remettre en cause la fondation de l’État d’Israël en vertu de son origine violente. Le passage en question est le suivant :

COBURN (journaliste): Au début de l’émission nous avons parlé de ce meeting qui s’est déroulé en marge où une discussion s’est tenue sur l’Holocauste, a-t-il eu lieu ou non … diriez-vous que c’était inacceptable ?

LOACH: Je pense que l’Histoire doit être discutée par tous, pas vous ?

COBURN: Pourriez-vous répéter, veuillez m’excuser, je n’ai pas compris.

LOACH: L’Histoire doit être discutée par tous. L’Histoire dans son intégralité est notre héritage commun qui doit être discuté et analysé. Nous devons par exemple discuter de la fondation de l’État d’Israël, reposant sur le nettoyage ethnique. De même que nous devons discuter du rôle actuel d’Israël. Alors n’essayez pas de subvertir cela par de fausses histoires d’antisémitisme.

Telle est sa réponse spontanée, impulsive aux dires de la journaliste, certes insistante. Nous l’avons vu, rien n’est plus faux : les faits s’établissent selon des procédures académiques, encadrés méthodologiquement, par les pairs et la dispute.

Mais laissons de côté cette polémique particulière et son exégèse pour envisager ce que nous avons appelé la sociabilité intellectuelle et soumettons celle-ci au questionnement suivant : à quoi concourt une défense de la liberté d’expression (« on peut discuter de tout », même de la réalité de la Shoah) si elle n’est pas complétée par un cadrage idéologique, politologique, ou pédagogique ? Un cadrage qui n’a pas lieu en soi, hors sol, mais au sein d’un parti progressiste, au sein d’un colloque sur l’antisémitisme organisé par une association « qui a pour but de contribuer de manière générale à l’étude du mouvement socialiste et de la pensée de gauche. » Disons-le clairement : le caractère intransitif de la liberté d’expression s’affronte à la division du travail intellectuel.

Clarifions : si la question de la liberté d’expression est d’une pertinence absolue, et sa version radicale (free speech) d’un intérêt évident dont il faut discuter, on se permettra d’être prudent quant à l’usage et aux arguments qui sont faits en sa défense18. Le colloque alimenta la réflexion autour de la liberté d’expression en évoquant avec précision l’adoption par le Labour du manifeste de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance19). Ayant généré des remous au sein du parti, cette adoption constitue un cas d’école. Ce manifeste engage ses signataires à la lutte contre l’antisémitisme et adjoint à cet effet des exemples d’expressions qualifiées d’antisémites. Certains exemples furent contestés par la direction du parti. Aussi, l’adoption d’un tel manifeste fut contestée par des associations juives proches du Labour, avant qu’il ne soit finalement repris dans sa totalité20. On est en droit de trouver inadéquat à de nombreux égards, flou, voire contreproductif, cette approche de la lutte contre l’antisémitisme au sein des organisations – ce qui est le cas de l’auteur de ce texte -, mais une approche scrupuleuse ne saurait pour autant s’abstraire d’une prise en compte des dynamiques lexicales, voire affectives que ces exemples induisent. Par exemple, l’accusation de « double allégeance » : celle-ci repose sur l’accusation selon laquelle les juifs feraient preuve de fourberie à l’égard des nations où ils habitent. À l’accusation de « mondialisme » et de « cosmopolitisme », s’adjoint celle de ne penser en réalité qu’aux intérêts d’Israël, d’être des nationalistes « israélites ». Ne pas exposer la phraséologie antisémite dont ses énoncés regorgent pour ne cibler que les usages aux visées répressives des « défenseurs d’Israël » nous semble problématique dans la mesure où cela nuit aux tentatives de compréhension de luttes légitimes complexes ainsi que de leurs réappropriations opportunistes.

En conséquence, se pose la question de l’émetteur de ces critiques : ici, un parti politique de gauche, progressiste, là un cinéaste sympathisant de la gauche radicale. Un parti, un militant, est-il là pour militer en faveur du free speech ou, fort de son histoire, pour se faire le relais d’un discours politique construit, charpenté, mobilisateur et clivant ? Il nous semble que tout courant progressiste devrait être à la recherche d’une éducation de ses membres, des militants, sympathisants, voire de la société, visant à se construire une immunité réflexive face aux discours dits « antisystème », « dissidents », réactionnaires et a fortiori antisémites. Militer pour le droit de tenir des propos antisémites est une chose. Mais une autre chose.

Le cas de Jeremy Corbyn comme révélateur des angles morts

Rappel des faits : depuis son élection à la tête du Labour, Jeremy Corbyn est contesté en interne. Son orientation de gauche n’est pas acceptée par toute une frange de députés et militants nostalgique de Tony Blair et sa troisième voie, qui fit prendre un tournant néolibéral au parti. Jeremy Corbyn, dans cette atmosphère à couteaux tirés, s’est vu en sus accusé de laxisme face à des déclarations antisémites provenant de militants et sympathisants travaillistes. Certaines de ses déclarations ou soutiens ont également choqué des membres et associations juives.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre la sensibilité qui peut s’exprimer vis-à-vis du Labour, présidé par Jeremy Corbyn et les accusations d’antisémitisme dont il fait lui aussi l’objet, ainsi que son parti21. S’entremêlent ici plusieurs fils qu’il faut identifier : les attitudes, choix, propos de Jeremy Corbyn, des militants du parti (notamment sur les réseaux sociaux), des personnalités politiques parfois proches de Corbyn, ainsi qu’une possible instrumentalisation de ces questions et enjeux afin de le faire tomber et donc l’aile gauche du Labour avec lui. Ce dernier point est au cœur des débats. Pour autant, aussi méprisable soit-elle, une stratégie machiavélique de reconquête d’une hégémonie au sein d’un parti nous dit-elle quelque chose sur l’antisémitisme ? Non, cela nous parle, très banalement, d’une instrumentalisation, de stratégie politique médiocre. Faut-il s’en faire le relais, et tomber dans le piège de la binarité « sionistes » vs « antisémites » ? L’équation n’est pas à somme nulle : il y a un caractère performatif – de longue date – de cette instrumentalisation. D’un côté, l’antisémitisme se voit dévalorisé. D’un autre côté, que l’on en vienne à craindre la dénonciation de l’antisémitisme comme étant devenu spécifiquement une stratégie de dévalorisation d’un groupe, d’une personne, d’un parti est une victoire des antisémites et des réactionnaires : si nous n’en sommes plus les garde-fous, la voie est libre. Les garde-fous étant devenus suspects, prendre part à la lutte contre l’antisémitisme peut mener à être accusé de « bien-pensance », d’être « pro-système », « sionistes », etc. Aussi, les réactionnaires pourront reprendre le flambeau de la lutte contre l’antisémitisme, mais selon leurs termes, selon leurs visions du monde.

Le soutien à Corbyn, palpable durant ce colloque, est donc une porte d’entrée particulièrement intéressante dans le cadre que nous nous sommes fixé concernant l’analyse critique dudit colloque. Ce soutien se fait sur ses positions politiques. Ainsi, une revitalisation par la gauche de la sociale-démocratie anglaise est un vecteur d’enthousiasme que l’on ne saurait nier : répartition des richesses, valorisation du service public, taxation du capital, renationalisation, etc. À cela se double bien souvent une adhésion géopolitique : militantisme pacifique de longue date et critique d’Israël. Pour autant, comme pour Ken Loach, qu’en est-il des déclarations de Corbyn ? Si le soutien à un homme politique peut-être à géométrie variable, il est toujours intéressant de voir où se situent les variations. D’une part concernant ses propres errements : notamment concernant une fresque antisémite, dont il soutient désormais l’effacement22, d’autre part, les problèmes d’antisémitisme au sein du Labour, phénomène dont Corbyn admet la réalité et contre lequel il a pris des mesures23. C’est ici que la contradiction est au plus fort : en avalisant lui-même la réalité du problème, est-il lucide ou a-t-il cédé ? Corbyn serait-il lui-même instigateur d’un complot visant à le faire taire, comme le laisse sous-entendre le texte de présentation du colloque : « les défenseurs de Corbyn dénoncent un complot de l’establishment britannique et du gouvernement israélien » ? À moins que l’actuel chef du parti travailliste ne se soit couché devant un certain lobby ? On comprend où cette rhétorique boiteuse peut mener…

Dès lors, qui croire ? Ken Loach, soutien de Corbyn, parlant de « fausses histoires d’antisémitisme » à propos du Labour ? Ou de nombreux lanceurs d’alerte ayant exprimé leurs craintes, et que Corbyn a fini, semble-t-il, par prendre en compte ? Faut-il penser que Momentum, la principale organisation soutenant le chef du parti, ayant « reconnu que les accusations d’antisémitisme ne doivent pas et ne peuvent pas être seulement considérées comme des attaques diffamatoires de droite ou des conspirations visant Corbyn24» participe à un complot, une machination, une instrumentalisation ? L’antisémitisme, nous dit encore l’organisation de gauche, « est plus répandu au sein du Labour que beaucoup d’entre nous ne le pensait voici seulement quelques mois. » Pourquoi, dès lors, ce déséquilibre dans les postions des invités au colloque, ces derniers restant sur des positions en désaccord avec Corbyn et Momentum eux-mêmes ?

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Une hypothèse peut-être faite à ce stade : il y a une baisse d’intensité – consciente ou non – dans le combat contre l’antisémitisme du fait de la primordialité pour toute une partie de la gauche radicale du combat contre le « sionisme » – et de la volonté de préserver ce combat de l’antisémitisme. Proposons sans détour l’assertion suivante : la critique de la politique israélienne n’est pas de l’antisionisme (à moins de donner raison à la droite israélienne) et l’antisionisme, dans son usage contemporain et occidental, est d’une équivocité, d’une ambiguïté embarrassante25.

Moishe Postone, encore une fois, dit les choses franchement. Exposons ses arguments : « les intelligentsias juives du début du XXe siècle s’affrontèrent sur l’opportunité d’un État national. Reste que montait le sentiment qu’une forme d’identité collective faisait partie intégrante de l’expérience juive (…) Ce sentiment national juif s’exprima sous diverses formes. Le sionisme en est une. Il y en eut d’autres, représentées notamment par les partisans d’une autonomie culturelle juive, ou encore par le Bund, ce mouvement socialiste indépendant formé d’ouvriers juifs (…). D’un autre côté il y avait des Juifs, dont un grand nombre d’adhérents aux différents partis communistes, pour qui toute expression identitaire juive constituait une insulte à leur vision de l’humanité, vision issue des Lumières et que je qualifierais d’abstraite. (…) Les organisations communistes avaient tendance à s’opposer vivement à toute espèce de nationalisme juif : nationalisme culturel, nationalisme politique ou sionisme. C’est là un des courants de l’antisionisme. […] Cette forme d’antisionisme est souvent incohérente : elle est prête à accorder l’autodétermination nationale à la plupart des peuples, mais pas aux Juifs. »26

Postone précise également que « la signification même d’un tel universalisme abstrait varie en fonction du contexte historique ». Il présente l’Holocauste comme événement remettant en cause cet universalisme. Tentons, pour notre part, une approche consistant à poser la question du sionisme non pas dans sa variante idéologique capturée par un appareil d’État, – c’est-à-dire en étant conscient de la victoire d’un sionisme enfermé à droite, actant la clôture de tous les débats sur son orientation –, mais à la lumière de l’histoire des nations et plus spécifiquement la période 1870-1918. Ce n’est pas innocent : l’arrivée des premiers colons juifs en terre de Palestine date de 1881. Pourquoi cette date ? Postone nous le précise : « cette identité a pris de plus en plus un caractère national étant donné la faillite des formes antérieures, impériales, de collectivité – c’est-à-dire à mesure que les vieux empires, ceux des Habsbourg, des Romanov, de la Prusse se désagrégeaient ». Autrement dit, la date des pogroms en Russie.

Le nationalisme de 1880-1914, nous dit pour sa part Éric Hobsbawm, évolue par rapport à la période antérieure27 : « Premièrement tout groupe de gens se considérant comme une « nation » revendiqua le droit à l’autodétermination qui, en dernière analyse, signifiait le droit à un État souverain et indépendant sur son territoire. Deuxièmement, et en conséquence de cette multiplication des nations « non historiques » potentielles, l’ethnie et la langue devinrent le critère central, et de plus en plus décisif, voire unique, d’une nation potentielle. » Un troisième changement par rapport à l’époque antérieure est celui du glissement vers la droite de l’affirmation nationale, un mouvement qui affecta les États-Nations établis dans la forme du « nationalisme ». Cette « mythologie programmatique », que notre historien marxiste évoque comme étant au cœur des principes des nationalités, est un fait partagé : qu’elle soit jacobine (« une république une et indivisible ») ou sioniste, l’enjeu de cette « mission historique » est de se réunir sur la base de principes fantasmés et construit sur un discours de liberté, associée à la souveraineté. Mais lorsqu’une telle « émancipation » se fait au détriment d’autres populations, le résultat est une catastrophe, comme ce fut le cas pour la population de la Palestine. En effet, le sionisme victorieux se serait aveuglé avec la « mythologie programmatique » que fut le slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». À cela, deux choses à dire : d’une part, l’Histoire des nations et des nationalismes est une histoire continue de catastrophes. Tragiquement et non pas relativement, la Nakba est sans doute la chose la mieux partagée du principe de nationalité, et plus encore lorsque les glissements nationalistes, expansionnistes, impérialistes prennent de l’ampleur et se déploient avec vigueur. D’autre part, singulièrement, la population palestinienne – chassée avec violence d’une partie des terres – ne fera démographiquement qu’augmenter à travers le siècle, (à l’inverse de son espace territorial) : ce n’est pas la moindre de ses contradictions, le nationalisme colonialiste juif s’élabore comme puissance intrinsèque et obsidionale. Ce qui ne dit cependant rien des asymétries des rapports de forces locaux et régionaux. Fermons ici cette parenthèse à vocation contradictoire.

En conclusion

Ce tour d’horizon, sélectif, se voulait attentif aux zones d’ombres, aux non-dits, mais également aux choses dites et affirmées qui nous paraissaient problématiques dans la prise en charge de la lutte contre l’antisémitisme à gauche. Il se voulait avant tout une proposition d’analyse ; contestable et critiquable.

Nous terminerons sur l’interpellation de Michel Dreyfus28, concluant son exposé sur l’antisémitisme à gauche et à la perte de la valeur antifasciste29 au sein de cette famille politique. Cette perte, dû à des discours réactionnaires favorisant un confusionnisme visant à faire des « antifascistes les nouveaux fascistes », – rhétorique que l’on retrouve chez Trump et qu’une figure de la gauche comme Chomsky relaie – contribue à diluer la lutte contre l’antisémitisme, celle-ci étant pourtant liée historiquement à la lutte antifasciste. Autrement dit, ne pas craindre d’affirmer que l’antiracisme, dans son universalisme bien compris et, partant, l’antifascisme sont une lutte affirmative incluant de plein droit la lutte contre l’antisémitisme, ce qui amène logiquement à se défaire d’une conception de cette lutte comme étant un fantasme identitaire rattaché à un appareil d’État, celui d’Israël.

Cet appareil d’État et son orientation fascisante à bien des égards méritent aussi une analyse antifasciste. Mais on remarquera que l’on se situe sur deux plans distincts, et que la lutte contre l’antisémitisme se fait en même temps pour les juifs d’ici (en Europe) et de « là-bas » (partout, y compris en Israël, nonobstant, nous l’avons dit, le gouvernement d’extrême droite en place). À terme, le risque étant que la gauche critique disqualifie la lutte contre l’antisémitisme – puisque considéré comme un combat inactuel, instrumentalisé et réactionnaire – notamment en lui préférant l’antisionisme, ou en canalisant toutes les énergies militantes dans les dénégations déliant l’antisionisme et l’antisémitisme. Le danger est au final de dénier la lutte contre l’antisémitisme « tout court ». Qu’il faille, en tant que parti progressiste, militant ou institut de gauche, se distinguer des réactionnaires usant de l’antisémitisme comme arme de destruction massive contre la pensée critique ou visant, par la bande, les minorités (en particulier arabo-musulmanes), ne saurait être remis en cause. Pour autant, cela ne doit pas se faire au prix de la dénégation ou de la posture défensive explicitée précédemment, mais au contraire en affirmant que la lutte contre l’antisémitisme est primordiale au sein de la gauche critique et progressiste et que celle-ci doit inscrire cette lutte en son sein afin de rester fidèle à ses propres valeurs. En effet c’est là que se trouve la réelle confrontation entre progressistes universalistes et réactionnaires identitaires. C’est donc travailler à éviter que s’accomplisse, notamment par euphémisation, une baisse de la garde, de la vigilance, de notre défense immunitaire, mais aux effets réels et qui frappe d’incompétence la lecture de discours, d’imageries, d’œuvres culturelles, populaires ou à vocation intellectuelle, peu ou prou antisémites.

Bibliographie

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« Woking definition of antisemitism », holocaustremembrance.com, https://www.holocaustremembrance.com/node/196

1 « Résurgences de l’antisémitisme : réalités, fictions, usages », Colloque international, ULB, 12 et 13 décembre 2018, institut-liebman.be, http://www.institut-liebman.be/index.php/2018/10/30/resurgences-de-lantisemitisme-realites-fictions-usages-colloque-international-ulb-12-et-13-decembre-2018/

2 « Manifeste «contre le nouvel antisémitisme» », leparisien.fr , 21/04/2018, http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php

3 Les journées furent divisées en différentes thématiques : I. Réalités contemporaines de l’antisémitisme – II. Fictions passées et contemporaines autour de l’antisémitisme – III. Usages contemporains de la référence à l’antisémitisme.

4 Il nous est apparu que les interventions de Michel Dreyfus, Manuel Abramowicz, Ivan Segré, ou encore David Rosenberg et Marcel Stoetzler furent les plus stimulantes à cet égard.

5 PEREIRA Irène, « Controverses savantes et débats militants : mises en abîmes épistémologiques autour de la notion de sens commun », Raisons politiques 2012/3 (n° 47), p. 35-56.

6 « C’est en quoi les controverses sont des combats souvent acharnés, mais néanmoins toujours empreints d’un minimum de civilités en public » in LEMIEUX Cyril, « À quoi sert l’analyse des controverses ? », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, 2007/1 (n° 25), p.195.

7 Moishe Postone (17 avril 1942 – 19 mars 2018) était un historien, philosophe et économiste politique marxiste canadien. Il a été professeur d’histoire à l’Université de Chicago, où il a fait partie du Committee on Jewish Studies.

8 POSTONE Moishe, Critique du fétiche-capital. Le capitalisme, l’antisémitisme et la gauche. PUF, 2013, pp. 62-63, p. 100.

9 « Historique et mission », institut-liebman.fr, http://www.institut-liebman.be/index.php/historique-et-mission/

10« “penser la controverse”, ce serait alors non plus penser le politique comme un espace public délimité et constitué une fois pour toutes, mais être attentif à la pluralité des formes que peuvent prendre dans une société les processus de politisation ». PEREIRA Irène, art. cit., p. 55.

11BOURDIEU Pierre, Science de la science et réflexivité, Raisons d’agir, 2001, p.142.

12La situation actuelle, la présence contemporaine de l’antisémitisme peut s’expliquer par l’ « émergence des figures antisémites, le web comme terrain de jeu et de le discours antisystème comme matrice ». PELTIER Benjamin, « Antisémitisme. Quand la logique antisystème réactives les anciens schémas », Étude Be Pax, octobre 2018, p.4.

13La logique voudrait in fine et idéalement que l’on ait plus à se poser la question de savoir s’il faut censurer ou non les propos antisémites.

14À laquelle participait Vincent Engel (professeur de littérature contemporaine à l’UCL, auteur et chroniqueur), Jean Vogel (professeur de théorie politique à l’ULB et président de l’Institut Marcel Liebman) et Nicolas Zomersztajn (rédacteur en chef de Regards, revue du Centre communautaire laïc juif).

15Donnons au lecteur un texte à charge : « Ken Loach, docteur Honoris Causa de l’ULB ? Une diversité très sélective », lignes-de-cretes.org, 2018, https://www.lignes-de-cretes.org/ken-loach-docteur-honoris-causa-de-lulb-une-universite-tres-selective/ , et un à décharge : ENGEL Vincent, « De quoi Ken Loach est-il le nom ? », le soir.be, 28/04/2018, https://plus.lesoir.be/153621/article/2018-04-28/chronique-de-quoi-ken-loach-est-il-le-nom

16PRANCHERE Jean-Yves, Face à l’antisémitisme, sortir de la confusion, solitudesintangibles.fr, 2019, http://solitudesintangibles.fr/face-a-lantisemitisme-sortir-de-la-confusion-jean-yves-pranchere/

17«  Ken Loach on Labour rule change of discrimination », compte twitter « daily politics » de la BBC, 20/09/2017 https://twitter.com/daily_politics/status/912653210761883648?s=20 Cette « incapacité » à produire une réponse claire sur le sujet – tout en réagissant par démenti ensuite – a récemment été observé chez Etienne Chouard, dans un entretien au Média, voir « CARTES SUR TABLE AVEC ÉTIENNE CHOUARD », compte youtube du Media, 10/06/2019, https://youtu.be/zMtmZQ4lb2g?t=2513

18 Tout comme de sa critique, mais ce n’était pas l’objet de la discussion.

19 « Working definition of antisemitism », holocaustremembrance.com, https://www.holocaustremembrance.com/node/196

20SABBAGH Dan, Labour adopts IHRA antisemitism definition in full ,theguardian.com, 4/09/2018, https://www.theguardian.com/politics/2018/sep/04/labour-adopts-ihra-antisemitism-definition-in-full

21 FREEDLAND Jonathan, «Jewish concern over Corbyn is not all about Israel. It’s about antisemitism », theguardian.com, 05/09/2018, https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/sep/05/jewish-concern-corbyn-israel-palestine-antisemitism-ihra

22 La fresque représentait des banquiers juifs autours d’une table et dont les pieds étaient constitués d’hommes noirs. L’esthétique d’ensemble relève du graphisme antisémite historique. « En 2012, j’ai émis un commentaire général sur l’effacement de l’art mural, sur la base de la liberté d’expression. […] Je regrette sincèrement de ne pas avoir porté assez d’attention à l’image que je commentais dont le contenu est très préoccupant et clairement antisémite. J’en soutiens l’effacement. » in UHL Nathanaël, Labour : entre accusations de « purge stalinienne » et de laisser faire sur l’antisémitisme, Corbyn pris entre deux feux, grey-britain.net, 2018, http://www.grey-britain.net/2018/03/26/labour-entre-accusations-de-purge-stalinienne-et-de-laisser-faire-sur-lantisemitisme-corbyn-pris-entre-deux-feux/

23 Notons la maladresse de Corbyn voulant lutter contre ces actes en adhérant à une résolution dont une frange des organisations juives du parti rejetait le texte. Le manque de discussions avec les premiers concernés et la précipitation donnent rarement de bons résultats.

24 RAIM Laura, « Corbyn, la gauche et l’antisémitisme », regards.fr, 2018, http://www.regards.fr/web/article/corbyn-la-gauche-et-l-antisemitisme

25 Voir « En quoi le terme d’anti-sionisme peut-être problématique », in PELTIER Benjamin, « Antisémitisme. Quand la logique antisystème réactives les anciens schémas », Étude Be Pax, octobre 2018, P.33

26 Postone Moishe, « Sionisme, l’antisémitisme et la gauche. Entretien », palim-psao.fr, 2010, http:// www.palim-psao.fr/article-le-sionisme-l-antisemitisme-et-la-gauche-entretien-avec-moishe-postone-125085388.html

27 HOBSBAWM Eric, Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité, Folio Histoire, 1990, p. 189.

28 Michel Dreyfus est un historien français. Spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier, notamment du syndicalisme et de la mutualité, il est directeur de recherche au CNRS au Centre d’histoire sociale du XXᵉ siècle à l’université Paris I.

29 Le terme antifasciste mériterait une analyse approfondie, tant il fait l’objet d’appropriation diverses. Voyons les choses ainsi : l’antifascisme contemporain est la source de la pensée critique et de la probité (et non de la pureté) idéologique face aux courants réactionnaires.

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