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Le nationalisme dans la révolution française et l’Allemagne du XIXème siècle – Max Horkheimer

Horkheimer revient dans cette note de 1967 sur la différence entre le nationalisme de la révolution française, historiquement émancipateur et porté par l’esprit des Lumières, et le nationalisme allemand, agressif dès sa naissance. Cette distinction sera ensuite reprise et essentialisée par certains pans du mouvement antideutsch au profit d’une francophilie kitsch et d’une vision totalement fantasmée du nationalisme français comme incarnation du nationalisme civique. Cette conception se montre ainsi largement indifférente à la réalité du nationalisme républicain de l’État français qui, par bien des aspects, et notamment son islamophobie justifiée au nom d’une laïcité dévoyée, s’avère aujourd’hui beaucoup plus régressif, culturaliste et illibéral que le nationalisme hégémonique de l’Allemagne post-réunification reposant sur un multiculturalisme officiel et l’idée d’une nation morale et vertueuse ayant appris de ses « erreurs » du passé.

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Ne laissons pas le blackwashing sauver la classe des actionnaires – Cedric Johnson

Ce texte revient sur la légitime explosion de colère qui a fait suite à la mort de George Floyd, et sur la tentative d’instrumentalisation de ces manifestations par des entreprises proclamant leur soutien au mouvement Black Lives Matter (BLM). Ce soutien proclamé par différentes entreprises, et les dons effectués à des fondations luttant contre le racisme, visaient à orienter le mouvement antiraciste vers un soutien à l’entrepreneuriat noir, afin de maintenir l’ordre en place et de masquer la responsabilité du capitalisme dans les inégalités subies par les classes populaires, et notamment par les personnes noires. La traduction et publication de ce texte en français ne vise pas au réductionnisme de classe, et il ne s’agit pas pour nous de nier que les politiques, actes et discours racistes peuvent cibler des personnes non-blanches de toutes les classes sociales. Il s’agit par contre de ne pas oublier les luttes sociales menées aux Etats-Unis par les classes populaires et par de nombreux travailleurs noirs, et d’insister sur le fait que les violences policières, l’exploitation, les inégalités et les discriminations ne pourront pas être combattues sans une remise en cause radicale de l’ordre économique et politique qui en est à l’origine, et qui nécessite le recours à la police pour se maintenir. Car, comme l’écrit Jacobin Mag, revue de gauche américaine à l’origine de cette publication, «  si des entreprises ont su adopter une rhétorique antiraciste, pour autant elles ne parviendront pas à éradiquer l’insécurité et l’inégalité économiques dont les actionnaires ont besoin, et qu’ils souhaitent faire perdurer par le recours à la police.  »

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La théorie du privilège est populaire parcequ’elle est conservatrice.

La théorie du privilège, en tant qu’élaboration académique formelle, existe depuis au moins 1989, année où Peggy McIntosh a publié l’essai désormais célèbre « White Privilege » : Unpacking the Invisible Knapsack » (« Privilège blanc : Déballer le sac à dos invisible »)1. Cependant, même dans le cadre universitaire des cultural studies, la théorie du privilège était encore assez peu répandue il y a une dizaine d’années. En outre, elle ne fait pas partie des théories qu’on pourrait qualifier d’intellectuellement solides (l’essai de McIntosh ne contient aucune citation), et ses limites en tant que cadre analytique sont assez évidentes. Au début des années 2010, j’ai suivi un programme de doctorat très chargé en cultural studies et je n’ai entendu parler de cette théorie que quelques fois. Si vous n’avez pas obtenu un diplôme en sciences humaines, il y a de fortes chances que vous ne l’ayez pas rencontrée avant 2015, à peu de choses près.

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Assez de bavardage psychologisant. Le racisme ne sera pas réglé par la thérapie – Kenan Malik

Publié dans le contexte des mobilisations de Black Lives Matter, ce texte de Kenan Malik appelle à considérer le racisme comme une politique de discrimination basée sur des choix politique conscients qu’il faut soumettre à une analyse sociale plutôt que de se focaliser sur les éventuels préjugés inconscients et sur la déconstruction individuelle.

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Les péchés préparés dans le chaudron : repenser l’hypothèse communiste et la libération – Suphi Nejat Ağırnaslı

Suphi Nejat Ağırnaslı s’inspire des travaux de Silvi Federici pour proposer une analyse originale du génocide arménien et des massacres de populations alévies commis dans le cadre de la formation de l’État turc moderne. Ces meurtres de masse ne doivent pas seulement être compris dans le cadre du nationalisme turc et de la création de l’État turc mais aussi comme une réponse politique aux potentiels de modernité alternative portés par les populations minoritaires.
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#MeToo doit éviter le féminisme carcéral – Alex Press

La question de la répression pénale des violences sexuelles constitue un enjeu clivant des débats féministes. Nous avons récemment republié le texte classique de Martine Le Péron « Priorité aux violées » (1978) qui défend  la pénalisation du viol au nom de la solidarité entre femmes et de l’opportunité que fournissent les procès de violeurs pour déconstruire publiquement les mythes sous-tendant le viol. En contrepoint à ce dernier, nous publions le texte suivant d’Alex Press, dont le positionnement ne doit pas forcement être interprété comme étant antagoniste à celui de Le Péron, qui défend l’idée que le mouvement féministe doit se concentrer sur des revendications de justice sociale et ne pas tomber dans le piège d’un « féminisme carcéral » qui situe le combat contre les violences sexuelles sur le terrain d’une justice pénale et d’une volonté répressive qui perpétuent le système inégalitaire fragilisant les femmes en premier lieu.

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